Monument historique

Bunker atomique – Harnekop

 

Au Nord-Est de Berlin, bien cachés dans la forêt entre Werneuchen, Strausberg et Bad Freienwalde, s´étendent les vestiges d´une caserne de l´armée populaire nationale (NVA) sur une immense superficie.

A Harnekop situé non loin de là, rien n´indiquait la présence de cet objet. Quelques initiés seulement connaissaient le chemin. Personne au village ne savait qu´il s´agissait du secret d´état le mieux gardé de la RDA : La base principale de commandement de l´ancien ministère de la défense nationale.

Probablement unique au monde, le bunker de Harnekop était le prototype du plus haut niveau de protection pour tous les états membres du pacte de Varsovie et des états arabes amis. Il avait une dizaine d´années d´avance sur ses concurrents de l´OTAN. Selon les experts, il demeure jusqu´à nos jours la seule relique de la guerre froide à pouvoir être visitée par le public.

Cet édifice est une propriété privée. Une association d´utilité publique «Bunker Historique Harnekop e.V.» constituée par de nombreux intéressés aidés par de nombreux promoteurs pour la conservation de cette construction reconnue comme monument historique par le Land de Brandenbourg. L´association  se charge de retravailler les aspects principaux de l´installation, de les documenter scientifiquement et de les présenter au public. C´est grâce à cette organisation, que le bunker peut encore aujourd´hui être visité.

Une trentaine d´enthousiastes mettent de l´ordre dans le bâtiment. Ils tentent de préserver les différents domaines de fonctions et de les présenter dans leur ensemble. Des visites organisées ont lieu régulièrement en fin de semaine et pendant les jours fériés. Des visites guidées pour des groupes ou pour des personnes seules peuvent également être réservées.

Derrière une clôture abîmée on peut reconnaître les restes des grilles électriques de sûreté à haute tension (10000 Volts). Ces grilles et de nombreux gardes militaires empêchaient d´approcher l´installation, car les curieux n´étaient évidemment pas les bienvenus.

L´ouvrage est composé de trois étages. Il fût réalisé par des entreprises de la RDA pour le ministère de la défense de 1971 à 1976. En cas de guerre, il devait servir de centre de coordination entre la NVA et le Commandement général des états du pacte de Varsovie.

La chaleur géothermique à 30 m dans le sous-sol concède une température de 10-12°C constante tout au long de l´année. Un chauffage n´existe pas. L´entrée de l´ouvrage se cache sous un bâtiment prétendument réservé pour l´entraînement de l´état-major.

95 marches mènent dans les profondeurs. Plusieurs portes hermétiques au gaz et à la pression pesant chacune plus de 2,5 tonnes ouvrent le chemin à travers des murs de 3,0 m d´épaisseur.

Ici nous trouvons les quartiers de travail et de commandement pour le personnel opérant, des plans d´orientation, des salles de réunion, la centrale de commutation et les salles de travail du ministre.

L´absence de luxe choque surtout les plus jeunes visiteurs. L´ameublement a le charme des années 70 : spartiate mais très fonctionnel.

En traversant les différentes salles de la construction, le sol vibre sous nos pas. Tous les planchers des salles de travail sont montés sur de gros ressorts métalliques pour compenser les vibrations. Même la chambre froide suspendue pourrait encore fonctionner après une sévère détonation. Au second étage, se trouvent la cuisine et la cantine ainsi que plusieurs réfectoires et dortoirs.

Le troisième étage est réservé à la technique. A côté des puits et des réservoirs à eau, se trouve le groupe électrogène avec ses 4 moteurs diesel de bateau (chacun 540 PS / 380 KVA) ainsi que les services de radio et l´informatique. L´équipage de combat (environ 450 personnes) aurait pu vivre et travailler sans aucun apport extérieur pendant un mois. Leur mission: Participer à l´organisation de la contre-offensive.

Des câbles souterrains reliaient cette centrale à plusieurs antennes radio situées à quelques kilomètres de distance comme par exemple Kunersdorf ou Wollenberg sans aucun lien visible avec Harnekop.

D´importantes liaisons de renseignements existaient avec le SBK du Conseil de Défense Nationale à Prenden, le ministère pour la sécurité de l´état à Biesenthal, le Ministère de l´intérieur à Freudenberg, le district militaire de Neubrandenburg et Leipzig ainsi qu´avec les frères d´armes du pacte de Varsovie, en particulier Wünsdorf, Liegnitz et Moscou.

Le passage pour sortir du labyrinthe mène toujours à travers des secteurs cloisonnables : comme dans un sous-marin, on pouvait en cas d´incendie ou d´avarie isoler des secteurs. Plusieurs sorties de secours et une cage d´escalier intérieur renforcent la sécurité de l´équipage.

Depuis la mise en service du bunker, il n´y a jamais eu de cas d´urgence. Par bonheur le cours de l´histoire nous a épargné le dessein et l´utilisation de cette installation.

Le passé rattrape toujours le visiteur. A présent le monstre est superflu, une relique de la Guerre Froide menée dans le monde entier. En même temps il est aussi la démonstration du savoir-faire de la RDA dans les domaines techniques de par l’imposante architecture et l’ingénierie. Mais ses «frères sont encore actifs».